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Première intervention.

17 mai 2026 par
Level Anne-Sophie

Beuvry 

le 17 Octobre 2024 

Le jour de l'inauguration de l'arbre de vie en hommage aux donneurs d'organes et des tissus.

Ma première prise de parole devant les soignants de Capucine.

Mesdames, Messieurs les organisateurs de cet hommage aux familles de donneurs et aux receveurs d'organes,

Je tenais à vous faire savoir l'honneur que vous me faites en m'invitant à parler de ma fille, CAPUCINE !

Je vous remercie également pour cette œuvre qui représente les parcours différents de ceux qui se sont battus et qui portent en eux la vie de nos enfants, parents, frères ou sœurs partis trop tôt !

Capucine,

Tu avais 19 ans, la tête pleine de rêves et le sourire aux lèvres ! La couleur en drapeau ! Et l'humour de ta mère !

Tu venais de réaliser ton souhait : intégrer l'école d'infirmières d'Arras. Ton plus grand rêve, ma plus grande peur, partir en mission humanitaire sur des théâtres de guerre ou dans des camps de réfugiés.

Tu te battais pour tes convictions ! Ton courage m'impressionnait !

Tu as choisis de parler du droit à l'avortement pour ton grand oral de bac.

Tu défendais tes amies parce qu'elles sont maghrébines.

Mais tu as surtout eu la maturité pour comprendre et pour expliquer combien le don d'organes est important.

Tu as toujours été une douce rebelle, indépendante, acharnée et libre !



En ce début d'année 2024, lors d'une discussion familiale sans tabou, tu nous as imposé tes volontés : à savoir donner tes organes et de te faire incinérer !!

Juste au cas où !

Avais tu ressenti que ta vie allait basculer ?

Au cours de la nuit du * Février, j ai reçu un appel du centre hospitalier d'Arras, à 3h21.

Tu venais d'être admise suite à une forte crise d'asthme qui avait provoqué un arrêt cardiaque de 10 minutes.

Tu étais plongée dans un coma artificiel qui permettait à tes organes de se reposer.

Lors de l'entretien avec le médecin et les infirmiers du service de réanimation, l'espoir subsistait. Tu pouvais t'en sortir. Ce serait très long mais tu étais jeune et forte. ..

Le samedi matin, à notre arrivée dans le service, le médecin était plus inquiet.

Tes pupilles réagissaient différemment.

Ton cerveau baignait dans ton sang.

Les médecins ont envisagé un transfert à Lille.

Puis, l'espoir s'est éteint. Trop de sang, plus rien à faire !!!

Tu as donc été déclarée en mort encéphalique.

A cet instant, mon monde s'est écroulé. Ma vie s'est mise sur pause.

Tu partais. Lentement. Inutilement !

Les souvenirs se bousculaient dans ma tête.

J ai revu ce soir où tu nous as exposé tes volontés.



J'en ai parlé avec Fred qui s'occupait de toi. Il nous a présenté Yannick, le coordinateur des dons d'organes.

Tu l'aurais adoré ! Je suis sûre que tu l'aurais fait rire.

Au lieu de ça, tu lui as donné la plus grande des responsabilités : t'emmener offrir tes organes et ne surtout pas perdre Paco, ton doudou !

Tu t'es même permise de le torturer avec ton groupe sanguin très peu répandu en France !

Heureusement que Dorine est venue à la rescousse pour le laisser se reposer un peu !

Ma fille d'amour.

Du haut de tes 19 ans, tu as offert la vie à 7 personnes.

7 receveurs vivent mieux grâce à toi !

Tu es vraiment une fille extraordinaire!

Nous sommes tous si fiers de toi.

Si tu le permets, j'aimerais que nous remerciions à deux, toutes ces personnes que tu as douloureusement marquées.

Je commencerais par tes amis et collègues, élèves infirmiers avec qui tu te promenais ce soir-là, Emma, Clara, Eulalie, Emma, Zoé et Charles. Ils t'ont entourée jusqu'au dernier moment.

Je pense aux pompiers qui ont lutté pour ta survie.

Je suis reconnaissante envers les équipes du service de réanimation du centre hospitalier d'Arras, qui nous ont porté à tous une attention particulière et sans faille.

Et qui ont accepté que tous ceux qui t'aiment viennent te dire un dernier au revoir!

Je dis un merci tout particulier à Fred et Virginie, ton aide soignant et ton infirmière personnels, dévoués jusqu'à ton départ pour Lens.

Ils t'ont choyée.

Ils t'ont traitée telle une vivante. Ils t'ont laissée écouter Maneskin, ton groupe préféré, ils ont gardé Paco à tes cotés et surtout Fred a eu la force de te laver les cheveux !!!

Jai une pensée particulière pour Yannick, Dorine et Isabelle, les mousquetaires des dons d'organes.

« Un pour tous et tous pour la vie ! »

Sans eux, pour toi et moi, en tout cas, les choses auraient été différentes.

Yannick a été l'épaule sur laquelle m'appuyer et l'oreille attentive.

Il m'a permis de passé de l'intense au calme, de la logistique à l'émotion. Il m'a protégée en mettant fin a tout ce vacarme.


Grâce à lui, comme tu le disais souvent, le mystère a été démystérisé!

Tu offrirais donc ton coeur, tes reins, ta peau et tes cornées ! Ton pancréas aidera pour la recherche !

Yannick était là, il gérait, je pouvais abandonner ce combat déjà perdu !

Grâce à lui, il ne restait que la vie !

Yannick reste à mes côtés, depuis le jour où je l'ai sollicité.

Dans des moments sans importance et ceux plus sensibles.

Je pense notamment à ma première fête de mères amputées.

Dorine m'a aidée à dédramatiser la sensibilisation.

Pour la première fois depuis ton envol, j'ai pu parler du don d'organes sans larmes.

Je pense fortement aux 6 receveurs que j'ai eu l'honneur de rencontrer lors des journées de sensibilisation. Ils me rendent le sourire. Échanger avec eux me permet d'apaiser ma douleur et me donne une bouffée d'air salvatrice. Ils prouvent que tu n'es pas morte pour rien et chacun d'eux porte en lui un petit bout de toi.

M'engager à leurs cotés est aujourd'hui une nécessité.

Rencontrer Antoine m'a donné l'espoir de m'investir dans une mission prouvant que le don d'organes est un don de vie.


Je remercie ton frère et ta sœur, Valentin, 18 ans et Eglantine, 13 ans, pour leur courage, leur force et leur amour inconditionnel.

Mais surtout pour leur positionnement positif pour les dons d'organes.

Tu étais et tu seras toujours un modèle pour eux.

Tu es aussi leur plus grande douleur !

Ils ont su rester solidaires et continuer leur chemin vaillamment !

Et pour finir, je te remercie toi, ma fille, pour tout cet amour de la vie que tu as dispersé.

Aujourd'hui, notre chanson n'est plus tout à fait juste.

Nous ne nous retrouvons plus dans «cet endroit que seules nous connaissons»! Tu as choisi l'international!

Tu as poussé le sacerdoce à l'extrême, quand même !

Je te dis merci pour cette force que tu m'apportes tous les jours, celle qui me tient la tête hors de l'eau, celle qui me fait rire et chanter. Tu m'obliges chaque jour à rester digne de ce petit bout de bonne femme pétillant que tu étais.

Grâce à toi, j'avance.

Je vais finir comme chaque mot que je t'écris par un ;

«Je t'aime mon amour. »

Je vous remercie pour votre attention et j'espère avoir été à la hauteur des attentes de Capucine quant au message qu'elle voulait faire passer !





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